Anne-Sophie Haghebaert & Pierre Charlot
L’histoire commence avec une rencontre, celle de Gustavo Lins, créateur de haute couture. Face à mon travail de peinture, il perçoit immédiatement un déplacement possible : sortir la peinture du mur sans la réduire, la faire circuler dans d’autres espaces du réel.
À partir de là, rien ne se fige. Une recherche se met en place, faite d’allers-retours entre peinture et fabrication, entre geste pictural et mise en forme concrète.
Anne-Sophie engage la peinture dans sa dimension première : la couleur, la matière, la tension du geste, ce qui apparaît et résiste dans la surface. Pierre engage la structure, les équilibres, la tenue et la transformation de cette peinture dans des contextes d’usage.
Entre ces deux positions, il n’y a pas de hiérarchie. Une zone de travail commune s’installe, où la peinture n’est jamais illustrée, mais toujours confrontée à ses conditions de passage.
Au fil des années, cette pratique s’est construite dans la durée : essais, ajustements, reprises, déplacements. Une manière de faire évoluer la peinture sans la fixer.
Ce qui se joue ici n’est pas une image appliquée ailleurs, mais la peinture elle-même dans son déplacement : sa capacité à exister hors du cadre, sans perdre sa densité.
Créer pour soi a progressivement ouvert vers l’extérieur. Non comme intention, mais comme conséquence : celle d’une peinture tenue au plus près de sa nécessité.
Aujourd’hui, cette démarche poursuit une même exigence initiale : faire circuler la peinture dans le réel, sans la transformer en signe, sans la diluer, en restant au plus près de ce qu’elle engage — matière, geste, présence.



